Poèmes

Sur le Bal de L'hotel-De-Ville

par Victor Hugo

Victor Hugo

Ainsi l'Hôtel-de-Ville illumine son faîte.

Le prince et les flambeaux, tout y brille, et la fête

Ce soir va resplendir sur ce comble éclairé,

Comme l'idée au front du poète sacré !

Mais cette fête, amis, n'est pas une pensée.

Ce n'est pas d'un banquet que la
France est pressée,

Et ce n'est pas un bal qu'il faut, en vérité,

A ce tas de douleurs qu'on nomme la cité !

Puissants ! nous ferions mieux de panser quelque plaie
Dont le sage rêveur à cette heure s'effraie,
D'étayer l'escalier qui d'en bas monte en haut.
D'agrandir l'atelier, d'amoindrir l'échafaud,
De songer aux enfants qui sont sans pain dans l'ombre.
De rendre un paradis au pauvre impie et sombre,
Que d'allumer un lustre et de tenir la nuit
Quelques fous éveillés autour d'un peu de bruit !

reines de nos toits, femmes chastes et saintes,
Fleurs qui de nos maisons parfumez les enceintes.
Vous à qui le bonheur conseille la vertu.
Vous qui contre le mal n'avez pas combattu,

A qui jamais la faim, empoisonneuse infâme,

N'a dit :
Vends-moi ton corps, - c'est-à-dire votre âme !

Vous dont le cœur de joie et d'innocence est plein,

Dont la pudeur a plus d'enveloppes de lin
Que n'en avait
Isis, la déesse voilée,

Cette fête est pour vous comme une aube étoilée !

Vous riez d'y courir tandis qu'on souffre ailleurs !

C'est que votre belle âme ignore les douleurs ;

Le hasard vous posa dans la sphère suprême ;
Vous vivez, vous brillez, vous ne voyez pas même,

Tant vos yeux éblouis de rayons sont noyés,

Ce qu'au-dessous de vous dans l'ombre on foule aux pieds !

Oui, c'est ainsi. -
Le prince, et le riche, et le monde
Cherche à vous réjouir, vous pour qui tout abonde.

Vous avez la beauté, vous avez l'ornement ;
La fête vous enivre à son bourdonnement,
Et, comme à la lumière un papillon de soie,
Vous volez à la porte ouverte qui flamboie !
Vous allez à ce bal, et vous ne songez pas

Que parmi ces passants amassés sur vos pas,
En foule émerveillés des chars et des livrées,
D'autres femmes sont là, non moins que vous parées,
Qu'on farde et qu'on expose à vendre au carrefour ;
Spectres où saigne encor la place de l'amour ;

Comme vous pour le bal, belles et demi-nues ;
Pour vous voir ' au passage, hélas ! exprès venues,
Voilant leur deuil affreux d'un sourire moqueur.
Les fleurs au front, la boue aux pieds, la haine au cœur !



Poème publié et mis à jour le: 16 novembre 2012

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