Poèmes

Montevideo

par Jules Supervielle

Jules Supervielle

Je naissais, et par la fenêtre
Passait une fraîche calèche.

Le cocher réveillait l'aurore
D'un petit coup de fouet sonore.

Flottait un archipel nocturne
Encore sur le jour liquide.

Les murs s'éveillaient et le sable
Qui dort écrasé dans les murs.

Un peu de mon âme glissait
Sur un rail bleu, à contre-ciel,

Et un autre peu se mêlant
A un bout de papier volant

Puis, trébuchant sur une pierre,
Gardait sa ferveur prisonnière.

Le matin comptait ses oiseaux
Et jamais il ne se trompait.

Le parfum de l'eucalyptus
Se fiait à l'air étendu.

Dans l'Uruguay sur l'Atlantique
L'air était si liant, facile,
Que les couleurs de l'horizon

S'approchaient pour voir les maisons.

C'était moi qui naissais jusqu'au fond sourd des bois

Où tardent à venir les pousses

Et jusque sous la mer où l'algue se retrousse

Pour faire croire au vent qu'il peut descendre là.

La
Terre allait, toujours recommençant sa ronde,
Reconnaissant les siens avec son atmosphère,
Et palpant sur la vague ou l'eau douce profonde
La tête des nageurs et les pieds des plongeurs.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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