Poèmes

Les Germes

par Jules Supervielle

Jules Supervielle

O nuit frappée de cécité,

O toi qui vas cherchant, même à travers le jour,
Les hommes de tes vieilles mains trouées de miracles,
Voici les germes espacés, le pollen vaporeux des

mondes,
Voici des germes au long cours qui ont mesuré tout

le ciel
Et se posent sur l'herbe
Sans plus de bruit
Que le caprice d'une
Ombre qui lui traverse l'esprit.

Ds échappèrent fluides au murmure enlisé des

mondes
Jusqu'où s'élève la rumeur de nos plus lointaines

pensées,
Celles d'un homme songeant sous les étoiles écou-

teuses

Et suscitant en plein ciel une ronce violente,
Un chevreau tournant sur soi jusqu'à devenir une étoile.

Ils disent le matelot que va disperser la tempête,

Remettant vite son âme au dernier astre aperçu

Entre deux vagues montantes,

Et, dans un regard noyé par la mer et par la mort,

Faisant naître à des millions horribles d'années-lumière

Les volets verts de sa demeure timidement entr'ou-verts

Comme si la main d'une femme allait les pousser du dedans.

Et nul ne sait que les germes viennent d'arriver près de nous

Tandis que la nuit ravaude

Les déchirures du jour.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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