Poèmes

Le Corps S'en Va, mais le Cuer Vous Demeure

par Christine de Pisan

Doulce dame que j'aim plus et desire

Qu'oncques n'amay nulle autre dame née

Partir me fault de vous, dont je souspire,

Ne bien n'aray jusqu'a la retournée,

Car a vous ay toute m'amour donnée;

Ne je ne pense a autre riens nulle heure;

Mais s'a present m'en vois, trés belle née,

Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure.

Et loings de vous vivray en grief martyre,

Ne ma doulour ne sera ja finée

Jusqu'au retour, car riens ne puet souffire

A mon vray cuer, n'avoir bonne journée

Se ne vous voy; soiez acertenée,

Belle plaisant pour qui mon penser pleure,

Ou que je voise, et y fusse une année,

Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure.

Si ne vueilliez nul autre ami eslire

Ne m'oublier, car soir ne matinée,

Ne heure du jour, vo beauté ou me mire

Et vo doulceur parfaitte et affinée

N'oblieray, si ne soit ja finée

L'amour de nous, quel que soit la demeure;

De vous me pars, belle et bien atournée,

Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure.

Je prens congié celle a qui j'ay donnée

Toute m'amour; de cuer plus noir que meure

Vous di a
Dieu, ma joye enterinée,

Le corps s'en va, mais le cuer vous demeure.



Poème publié et mis à jour le: 12 juillet 2017

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