La Bonne Auberge, Julien Gracq
Poèmes

La Bonne Auberge

par Julien Gracq

Les hommes sont coupés à mi-hauteur par la guillotine de l'habit noir — les femmes prennent sous le baiser la vibration tranchante du cristal, puis éclatent et sèment
sous la neige d'adorables camélias de sang. On décharge successivement sur le perron d'entrée avec un bruit de fardiers le landau du lord-maire : roses-thé et
héliotropes — le mail-coach de la magistrature : fouet et roues en réséda — la voiture tous terrains de la préfecture des mœurs : hortensias et
jonquilles.

Et maintenant que faire ? les couples noués, les présentations terminées, les revolvers sortent des poches et la fête commence dans un tir aux pigeons flamboyant de verre
cassé. A l'aube louche, les habits noirs, mal à l'aise, s'esquivent deux par deux comme des croque-morts dans les sentiers de feuilles — les planchers désertés
étalent une Bérésiha de fins débris de verre; les plantes vertes : des arbres de Noël de neige craquante et de verre filé — plusieurs âmes blanches
gagnent les hautes régions du ciel sous la forme de délicats petits anges — légères comme une inconséquence dans un problème de métaphysique. On
préfère ne savoir que penser d'une désinvolture qui désarme jusqu'aux soupçons de la justice.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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