Poèmes

L'échiquier

par Charles Dobzynski

Sa vie était l'échiquier

d'une partie où le temps roque

joué par lui dans chacun de ses actes le mat invisible commence

Un tremblement de case sous sa peau et c'est l'amble du cavalier

qui ne pardonne pas ses fautes

ses faux pas et ses faux-semblants

Couleur d'octobre furieux

il galope dans son œil droit saute par-dessus son regard

et le renverse dans la fosse

Sereinement la reine survole

ses nuits et détecte ses songes

proies où plonge son bec d'aigle images mortes qu'elle ronge

Fouet du fou noir en sa tête

chaque coup éclipse un soleil

le fou blanc change sa mémoire en nœud gordien de l'oubli

De son sceptre le roi le touche et ses veines rampent vers lui

vipères du corps qu'il envoûte et qui le mordent du dedans

Ensemble les pions s'avancent

essaim aveugle dans son sang

dans la ruche du cœur amassent la cire noire du néant

Quatre tours montent dans ses membres et les cimentent pierre à pierre

clouent ses gestes bouchent ses sens leur mur enclôt toute lumière

C'est la reine blanche qui donne le coup de grâce de l'échec

son bec arrache le dernier

lambeau de couleur à son spectre

Sur l'échiquier de son corps il ne reste plus qu'une case

espace obscur où sans visage

prend place une pièce — sa mort.


Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Retour au Top