Genealogie du Mort, Michel Deguy
Poèmes

Genealogie du Mort

par Michel Deguy

D'abord décéda le trépas primitif — quand le mort s'éloignait de dos vers une limite étrangère, vers le contre-domaine à demi invisible, d'où il
reviendrait décuplé contre le clan à moins que des sacrifices n'accomplissent son exil.

A son tour décéda le mort qu'Homère appelle idole, l'exsangue qui rôdait au bord des tueries, l'idole plaintive, l'exténué qu'Ulysse ranimait sur la fosse
propice.

Bientôt la mort ne fut plus même l'affranchi socratique à qui convenait le mouvement de monter, le spirituel qui se rapatriait en l'Idée, ce morceau de lumière
s'exaltant vers sa source.

Il se fit cette cire mal fardée, chose lisse et jamais enterrée, l'embaumé dans la nécropole de néon, l'immortel de la Place rouge où refuse de se terminer le
défilé des funérailles, singerie d'éternité.

Et maintenant cette chose sale aux cénotaphes des consciences !



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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