Poèmes

Déplacements

par Jean-Michel Bollet

Peugeot, Renault, Ford, Chrysler, Volkswagen
Ne sont pas le fort de Nina Hagen ;
Canot, chaloupe, pédalo, navire
Sont déconseillés au cœur qui chavire.

Hélicoptères, avions, chars d’assaut
Sont les faux amis de Serge Dassaut ;
Vélocipèdes, planches à roulettes
N’attirent pas les mères poulettes.

Moi qui m’envoie loin toujours balader
Il m’en faudrait pour me persuader
De chevaucher un engin de tourisme
Alors que je suis pour le naturisme.

Je me meus à pied, le nez sous le vent,
La neige et la pluie au soleil levant
Et je rentre avec une jaune pomme
Que je tiens bien dans le creux de ma paume.

Accourent sans fin, tous les gens du coin :
La cerise, la groseille, le coing
Et assez d’air chaud pour casser la glace
Afin que chacun s’embrasse et s’enlace ;

Même l’alouette et l’auguste paon
Viennent ailément et ce, aux dépens
De l’amateur fou de sa mobylette
Chassé par l’aigle et la belle merlette.

Les habitants sont unis dans mon champ :
Les oiseaux, les fruits bercés par le chant
De mon cœur aimant : « toi, grâce à ton aile,
Toi, grâce à ma main, sans faire de zèle

Etes rassemblés sans que je l’ordonne
Mais tout simplement pour que l’on se donne
La gaieté du clan des riens, des clampins,
Ignorant que se consomme le pain,

Des amis d’air frais, de bouse de vache,
De pins peupliers sauvés de la hache,
Et toi le pruneau fait pour l’étourneau
Tu t’offres à moi, pauvre chemineau

Monté sans sabots t’ôter à ta branche
Pour laquelle j’ai une pensée franche :
Fais-nous des petits, rouges-violets
Qui seront aussi ronds que mes mollets

Pouvant s’affranchir des gros chars d’assaut
Et des lourds avions de Serge Dassaut
Qui cherche à savoir dans quel lieu j’habite
Avant d’être atteint d’une mort subite.

Je fus contacté par Nina Hagen
Harcelée par la firme Volkswagen
Et étonnamment par la jeune mère
Qui voyage avec l’Iliade d’Homère.

J’ai téléphoné à Peugeot-Chrysler
Pour leur proposer un contrat très clair :
Dans mon grenier un pigeon blanc roucoule
En pompant de l’eau qui dans un trou coule ;

Je vous l’envoie comme on faisait avant ;
Il s’entretient seul : (quel grand savant !)
Et son carburant réside en rivière
Qui serpente en France autant qu’en Bavière.

Prenez-le, semez-lui dans un jardin
Du bon grain sans vos bottines Cardin
Et il mariera la blanche colombe
Tournoyant dans le ciel bleu qui surplombe.

Le syndicat dit : oui et notre emploi !
On crève si pas de sous : c’est la loi !
Alors, ne sachant pas trop quoi répondre,
Un coq corica : et moi, sais-je pondre ?



Poème publié et mis à jour le: 06 fvrier 2018

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