Poèmes

Dans la Grande Salle

par Henri Michaux

Henri Michaux

C'est dans une grande salle, et pourtant comme jetée aux quatre vents.

Les grands hurlements du
Monde, on veille à ce qu'ils y entrent, mais pas trop, pas entiers.

Cependant, à l'intérieur les esclaves délibèrent qu'on appelle maîtres.

Dehors la foule libre s'esclaffe de gaieté, de moqueries ou bien elle crie sa fureur.

Cependant, à l'intérieur les esclaves délibèrent qu'on appelle maîtres.

Dans la salle, tout en délibérant, l'un d'eux capte un mot venu du dehors, une exclamation, la fin d'une phrase, un écho incertain arrivé entre les mille vagues du
hasard.

Alors inquiets, flottants, plies, les informes de l'intérieur redélibèrent précipitamment, et la situation incessamment renouvelée par les mots intempestifs ne
reçoit pas sa solution.

Les fantômes du jour ne sont pas comme les fantômes de la nuit.

Contenus entre les lisières d'un fil infime, ils errent inaperçus et un vide plus grave que le vide, un vide comme le vide du cœur les habite.
Ainsi, on peut les savoir là.

Du moins certains le peuvent, qui, creusés de réflexions sans résultat, n'ont pas réussi à suivre le tracé que le destin leur avait enjoint.

Ils les sentent, ils les reconnaissent.

De les accueillir, ce serait trop.
Que pourraient-ils, les malheureux?
Ils s'épouvantent les uns les autres.


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