Poèmes

Chanson sur L'Air des Folies D'espagne

par Jean de la Fontaine

Jean de La Fontaine

«
On languit, on meurt près de
Sylvie :
C'est un sort dont les rois sont jaloux.
Si les dieux pouvaient perdre la vie,
Dans vos fers ils mourraient comme nous.

Soupirant pour un si doux martyre,
A
Vénus ils ne font plus la cour ;
Et
Sylvie accroîtra son empire
Des autels de la mère d'amour.

Le printemps paraît moins jeune qu'elle ;
D'un beau jour la naissance rit moins :
Tous les yeux disent qu'elle est plus belle,
Tous les cœurs en servent de témoins.

Ses refus sont si remplis de charmes,
Que l'on croit recevoir des faveurs :
La douceur est celle de ses armes
Qui se rend la plus fatale aux cœurs.

Tous les jours entrent à son service
Mille amours, suivis d'autant d'amants ;
Chacun d'eux, content de son supplice,
Avec soin lui cache ses tourments.

Sa présence embellit nos bocages ;

Leurs ruisseaux sont enflés par mes pleurs :

Trop heureux d'arroser des ombrages
Où ses pas ont fait naître des fleurs.

L'autre jour, assis sur l'herbe tendre,
Je chantais son beau nom dans ces lieux :
Les zéphyrs, accourant pour l'entendre,
Le portaient aux oreilles des dieux.

Je l'écris sur l'écorce des arbres ;

Je voudrais en remplir l'univers.

Nos bergers l'ont gravé sur des marbres

Dans un temple, au-dessus de mes vers. »

C'est ainsi qu'en un bois solitaire
Lycidas exprimait son amour.
Les échos qui ne sauraient se taire,
L'ont redit aux bergers d'alentour.


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