Boucherie, Idriss Issa
Poèmes

Boucherie

par Idriss Issa

Chaque soir

avant de livrer son corps en pâture à la bête

sur les crêtes du sommeil

il dessinait un oiseau unique sur la feuille

ouvrait aux étoiles la lucarne étroite de sa chambre

et fredonnait une chanson venue des terres de l'enfance

Il soufflait dans la lumière, invitait l'obscurité à dérober

à la lampe sa clarté

Chaque matin

quand le soleil venait le délivrer

de l'épreuve de la nuit précédente

il déchiffrait le blanc intact et murmurait :

Était-ce un rêve ?
J'ai entendu un roucoulement

et un battement d'ailes

Mais lors d'un hiver

(quand le rire éclatant de sa voisine

ne se fit plus entendre)

une nuée de moineaux coula de sa paume

Il s'endormit

et ses doigts oublièrent la lucarne fermée

À son réveil

il découvrit sur le sol

une nuée de moineaux morts

et du sang sur les vitres



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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