A Isabelle Rimbaud, Arthur Rimbaud
Poèmes

A Isabelle Rimbaud

par Arthur Rimbaud

Marseille, 23 juin 1891.

Ma chère sœur,

Tu ne m'as pas écrit ; que s'est-il passé ? Ta lettre m'avait fait peur, j'aimerais avoir de tes nouvelles. Pourvu qu'il ne s'agisse pas de nouveaux ennuis, car, hélas, nous
sommes trop éprouvés à la fois !

Pour moi, je ne fais que pleurer jour et nuit, je suis un homme mort, je suis estropié pour toute ma vie. Dans la quinzaine, je serai guéri, je pense ; mais je ne pourrai marcher
qu'avec des béquilles. Quant à une jambe artificielle, le médecin dit qu'il faudra attendre très longtemps, au moins six mois ! Pendant ce temps que ferai-je, où
resterai-je ? Si j'allais chez vous, le froid me chasserait dans trois mois, et même en moins de temps ; car, d'ici, je ne serai capable de me mouvoir que dans six semaines, le temps de
m'exercer à béquiller ! Je ne serais donc chez vous que fin juillet. Et il me faudrait repartir fin septembre.

Je ne sais pas du tout quoi faire. Tous ces soucis me rendent fou : je ne dors jamais une minute.

Enfin, notre vie est une misère, une misère sans fin ! Pourquoi donc existons-nous ?

Envoyez-moi de vos nouvelles.

Mes meilleurs souhaits.

RIMBAUD

Hôpital de la Conception, Marseille.



Poème publié et mis à jour le: 02 dcembre 2012

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