Second Livre des Poèmes par Pierre de Ronsard
Poèmes

Second Livre des Poèmes

par Pierre de Ronsard

...
Si quelque grand seigneur quelque chose

commande,
Si bonnet ou chapeau ou son coche demande,
S'il veut aller dehors, ou parler à quelqu'un,
S'il faut l'accompagner, le flatteur importun
Est toujours le premier et, plein de diligence,
Devant les vrais amis sans vergogne s'avance,
Courant, suant, pressant, afin de mieux user
Du seigneur dont il veut du crédit abuser.
Si ce pipeur rusé se trouve en compagnie,
Il a de mots dorés la parole garnie,
De louanges, d'honneurs, à tout propos louant
Le seigneur courtisé dont il va se jouant,
Et dit à haute voix : «
O mon
Dieu, que je nomme
Heureux le serviteur avoué d'un tel homme ! Ô le gentil seigneur !
Jamais l'œil du soleil,
Ce dira le flatteur, ne verra son pareil. »
Mais quand la roue tourne, et l'aveugle
Déesse
Le fait tomber en bas, la tourbe flatteresse,
Qui ne suit que le bien, au grand galop s'enfuit.
Ainsi qu'une putain, quand elle voit détruit
Le ribaud qu'elle aimait, plus ami ne l'appelle,
Le laisse en la prison et fait amour nouvelle,
Ainsi font les flatteurs, qui arrachent alors

Le masque de leur face et suivent les plus forts,
Traîtres et déloyaux, dédaignant la personne
Qu'ils adoraient naguère en la fortune bonne.
Et non tant seulement ils s'en reculent loin
Ainsi que d'un aspic, de peur d'en avoir soin,
Mais comme malheureux en tous lieux le méprisent,
L'appellent un coyon, et de son nom médisent...


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