Poèmes

Quatre Poèmes de Li-Po

par Paul Morin

EN ÉCOUTANT
CHUN,
LE
MOINE
BOUDDHISTE,
JOUANT
DE
SON
LUTH

Le moine de
Shu, portant son luth vert-de-soie,

descend tout doucement la
Montagne
Sourcil ;

d'un seul son de ses cordes il évoque pour moi

la voix des pins de mon aimable
Mongolie.

Je l'entends dans le ruisseau purifiant ;

je l'entends dans les froides clochettes d'argent ;

et j'aime l'évoquer aux jours de gel

et quand l'automne nuageux brouille le ciel.

au printemps

Les herbes de
Yen sont bleues comme le jade, les mûriers de
Ch'in courbent leur réseau vert ; mais mon cœur est comme un petit enfant malade puisque mon amour ne reviendra plus.

reste dans mon cœur !
Et toi,
Printemps moqueur, que ton vent de folie n'entr'ouvre plus les rideaux de soie de mon lit...

La belle lune se lève

sur la
Montagne du
Ciel

dans un brouillard immatériel

tissé de nuage et de rêve ;

et les guerriers qui s'en vont à la mêlée,

avant d'entrer dans le fourbe défilé,

frissonnent.

Car ils savent bien que personne

ne revient des illustres combats...

Et ils donnent une brève pensée à celles qui soupirent et prient devant les autels, là-bas.

Mes cheveux tombaient encor sur mon cou.
Je cueillais du sumac devant ma porte ouverte

quand tu vins, sur un cheval de bambou,

caracolant, et me jetas des prunes vertes,

ô mon petit amant !

C'était, tu sais, dans une ruelle de
Ch'ang-kan...

À quatorze ans, je devins ta femme et, quoique bien heureuse dans mon âme, j'étais encore timide et peureuse.

Mais, à quinze ans, je compris que l'amour

survit à l'humaine poussière ;

tu étais la
Prison, la
Tour...

Moi, j'étais la joyeuse, soumise prisonnière.

J'avais seize ans quand tu partis

pour un voyage aux
Gorges de
Ch'u-t'ang.

Vint la
Cinquième
Lune, je portais du riz,

chaque jour, aux dieux de la montagne,

et des nénuphars tressés en couronnes...

et je cherchais la trace de tes pas

sur la mousse et sous les feuilles de l'automne.

Et maintenant que tu ne reviens pas et que c'est la
Huitième
Lune, et que les libellules vont, deux par deux, saphir et flamme sur l'eau brune...

je ne crois plus aux dieux.


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