Poèmes par Hamid Tibouchi
Poèmes

Poèmes

par Hamid Tibouchi

Magritte réaliste

il arrive que l’horloge s’arrête
plus de pensées plus d’images
plus de sentiments plus rien
que le vide le grand vide

on est alors
un homme
troué
à la Magritte

dans la fenêtre
du trou en soi
on peut voir le ciel
les nuages

le trou énorme
s’ouvre parfois dans la tête
d’autres fois en plein thorax
ou encore dans l’abdomen

(Extrait de Riens, inédit)

* * *

Nous habitons une ville

nous habitons une ville gardée
les rues gardées les écoles
gardées les w.c gardés le bordel
gardé les musées gardés par des
gorilles aux lèvres retroussées
dans chacune des impasses
nombreuses est posté un vieux bouledogue
dans chaque arbre chaque revers de vent
derrière chaque porte d’entrée chaque porte
de sortie est placé un regard qui dévisage
déshabille lit dans les gestes les cœurs
inscrit dans sa rétine les hors-la-loi
nous n’irons plus dans les jardins publics
sur les plages piétinées
nous irions peut-être au port
s’il y avait encore des paquebots
alors nous n’irons plus nulle part
même les portes de secours vois-tu sont gardées

Extrait de Mer Ouverte, Ed. Caractères, 1973

* * *

L’amour Champion du Monde de Saut en Hauteur

saute
saute-la
saute c’te satanée barrière
saute
saute les étapes
saute les mots
saute les lignes
saute les pages
saute les piles de bouquins
saute les montagnes de bibliothèques
saute les romans fleuves
saute les océans de logorrhées
saute les mille et une nuits de solitude
saute les doutes
saute les hésitations
saute les tergiversations
saute les caps les handicaps
saute-les tous ces freins
saute-les toutes ces entraves
et va amour
va par les chemins de traverse
va calmer sa douleur

* * *

Des racines

des racines sensibles
s’enfoncent dans le plus profond du jardin
vaisseaux tentaculaires câbles
prospecteurs
à la recherche
de quel indice
le rosier s’agrippe au grillage
ses petites feuilles me font de petits
signes glacés à travers le canevas
encore plus mystérieux
un tapis volant d’étourneaux
a lâché dans l’air
une goutte d’huile de froid
un arbre m’a dit
va donc voir la mer
je l’ai trouvée qui rageait entre les rochers
un dieu accroupi lavait son linge
les flots jouaient avec la mousse
qui tissait vers le rivage
des suaires de neige


Que Pensez-Vous de ce Poème?

Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Retour au Top