Poèmes

Odes, Livre Iv

par Pierre de Ronsard

T'oserait bien quelque poète
Nier des vers, douce alouette ?
Quant à moi, je ne l'oserois :
Je veux célébrer ton ramage
Sur tous oiseaux qui sont en cage,
Et sur tous ceux qui sont es bois.

Qu'il te fait bon ouïr, à l'heure
Que le bouvier les champs labeure,
Quand la terre le printemps sent,
Qui plus de ta chanson est gaie
Que courroucée de la plaie
Du soc qui l'estomac lui fend.

Sitôt que tu es arrosée,
Au point du jour, de la rosée,
Tu fais en l'air mille discours,
En l'air des ailes tu frétilles,
Et pendue en l'air tu babilles
Et contes aux vents tes amours.

Puis d'en haut tu te laisses fondre
Sur un sillon vert, soit pour pondre,
Soit pour éclore, ou pour couver,
Soit pour apporter la becquée
A tes petits, ou d'une achée,
Ou d'une chenille, ou d'un ver.

Lors moi, couché dessus l'herbette,
D'une part, j'ois ta chansonnette,
De l'autre, sus du poliot,
A l'abri de quelque fougère,
J'écoute la jeune bergère
Qui dégoise son lerelot.

Lors je dis : «
Tu es bien heureuse,
Gentille alouette amoureuse,
Qui n'as peur ni souci de rien,
Qui jamais au cœur n'as senti
Les dédains d'une fière amie,
Ni le soin d'amasser les biens ;

Ou si quelque souci te touche,
C'est, lorsque le soleil se couche,
De dormir et de réveiller
De tes chansons, avec l'aurore,
Et bergers et passants encore,
Pour les envoyer travailler. »

Mais je vis toujours en tristesse,
Pour les fiertés d'une maîtresse
Qui paye ma foi de travaux
Et d'une plaisante mensonge,
Mensonge qui toujours allonge
La longue trame de mes maux.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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