Les Tristes, Alfred de Vigny
Poèmes

Les Tristes

par Alfred de Vigny

Alfred de Vigny

Je n'en suis pas jaloux, va sans moi, va à
Rome
O faible livre; hélas! pourtant il est un homme (ton maître) qui voudrait...
Si j'étais rappelé!
Pars, mais sans ornements, pars comme un exilé.
Prends l'habit malheureux de ces temps d'infortune,
Rejette l'hyacinthe et sa pourpre importune,
Le deuil n'adopte point sa brillante couleur,
Le cinabre éclatant voilerait ta pâleur.
De ces livres heureux qui sortent de la foule
Le souple papyrus sur le cèdre se roule.
De cet axe odorant à jamais prive-toi;
Souviens-toi de mon sort; sois triste autant que moi.

Je ne veux même pas que la ponce légère

Polisse un front sorti de la terre étrangère;

Les cheveux hérissés, sauvage, noir, parais !

Ne rougis pas, pour moi, des désordres secrets,

De ces mots dont l'absence altérera tes charmes,

Quiconque les verra reconnaîtra mes larmes.

Va,
Livre, saluer le pays qui m'est cher,

Toi du moins, d'un pied sûr tu pourras y marcher.

Et s'il est par hasard dans ce peuple de
Rome,

Dans ce peuple oublieux, s'il se rencontre un homme

Qui s'arrête en passant pour demander mon sort

Tu diras que je vis............. . .

Aux foyers paternels ne puis-je au moins mourir!

Grâce, au nom des grands
Dieux! père de la
Patrie,
Grâce! point de rappel, mais un exil plus doux!
Mais sur le sol romain, place pour mes genoux !



Poème publié et mis à jour le: 12 juillet 2017

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