Poèmes

Les Contrediz de Franc Gontier

par François Villon

François Villon

Sur mol duvet assis, ung gras chanoine,
Lez ung brasier, en chambre bien natee,
A son costé gisant dame
Sidoine,
Blanche, tendre, polie et attintee,
Boire ypocras, a jour et a nuytee,
Rire, jouer, mignonner et baisier,
Et nu a nu, pour mieulx des corps s'aisier,
Les vy tous deux, par ung trou de mortaise :
Lors je congneus que, pour dueil appaisier.
Il n'est trésor que de vivre a son aise.

Se
Franc
Gontier et sa compaigne
Helaine
Eussent ceste doulce vie hantée,
D'oignons, civotz, qui causent forte alaine,
N'acontassent une bise tostee.
Tout leur mathon, ne toute leur potée,
Ne prise ung ail, je le dy sans noysier.
S'ilz se vantent couchier soubz le rosier,
Lequel vault mieulx ?
Lia costoyé de chaise ?

Qu'en dites vous ?
Faut il a ce musier ?
Il n'est trésor que de vivre a son aise.

De gros pain bis vivent, d'orge, d'avoine,
Et boivent eaue tout au long de l'anée.
Tous les oyseaulx d'icy en
Babiloine
A tel escot une seule journée
Ne me tendroient, non une matinée.

Or s'esbate, de par
Dieu,
Franc
Gontier,
Helaine o luy, soubz le bel esglantier :
Se bien leur est, cause n'ay qu'il me poise ;
Mais, quoy que soit du laboureux mestier,
Il n'est trésor que de vivre a son aise.

Prince, jugiez, pour tous nous accorder.
Quant est de moy, mais qu'a nul ne desplaise,
Petit enfant, j'ay oy recorder :
Il n'est trésor que de vivre a son aise.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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