Poèmes

Le Plus Aime de Mes Jardins Arabes...

par Paul Morin

Amour

Le plus aimé de mes jardins arabes
Est un enclos, sans fontaine et sans fleur,
Où des vieillards, en turban de couleur,
Psalmodiaient de sonores syllabes.

On s'y rendait par un sentier pierreux,
De vieux figuiers y déployaient leurs branches,
Un doux collier d'humbles terrasses blanches
Encadrait cet asile bienheureux.

Avant midi tout n'était que silence,
Les cris des geais seuls traversaient les airs,
Puis des femmes venaient, en voiles clairs,
Y reposer leur bavarde indolence ;

On entendait leurs rires assourdis,
Un long murmure arrivait de la rade,
Et quelquefois, rasant la balustrade,
Passait un vol joyeux de pigeons gris.

Au pied d'un mur enguirlandé de lierre
Un fossoyeur à la barbe d'argent
Accomplissait son travail diligent
Avec des bruits de métal et de pierre...

La double stèle au marbre rose ou noir
Où se fanaient de pauvres broderies,
En recueillant les matinales pluies,
Pour les oiseaux se faisait abreuvoir.

Neige vivante, un essaim de colombes
Tourbillonnait dans l'azur éclatant,
Et, jusqu'au soir d'ambre et d'or, en chantant,
Des enfants nus couraient parmi les tombes.


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