Poèmes

Jeunes Filles

par Michel Leiris

Une fille étend les bras parallèlement aux lignes très

pures de son corps alors voici que le caillou s'entr'ouvre révélant sa mer intérieure son écume cachée

Vagues solides sur qui roulent en parcelles de poussière

des vaisseaux démâtés marée montante dont le cours vient d'être suspendu

par l'arrêt subit d'une lune d'acier se balançant

entre quatre murs rigides profondeurs inexploitables la structure intime se dévoile afin que ses échafaudages reproduisent retournée la grande tour des secousses sismiques
et

ses lézardes

de jouissance

Si vous joigniez les mains

jeunes filles aux longs colliers d'or rose

si vos genoux s'entrechoquaient comme des plantes

déchirées l'air s'emplirait d'un nuage étrange d'éther

grisant comme une salive d'astre une lèvre aux commissures de miel

Les infinis replis du corps sont des fleuves aux rives

extrêmement douces ou aimerait y trouver des bosquets des tonnelles

remplis d'amis joyeux en revenir au crépuscule loin des chenils hargneux mais trop de pierres sont sur ces routes souvent

torrides à cause d'un ciel malade qui laisse ainsi tomber en

grêle ses ulcères
Les barques sans voiles ni rames dans la pénombre

glissent les chansons tournent en morsures et c'est au fond de la plus nue des paumes la formation

de la ligne d'amour

Tendez jeunes filles tendez la fraîcheur de vos bras leur pluie si fine dont ma tête s'étonne ce que j'aimerai toujours c'est voir les murs se disloquer les arcs se fendre de la
tête aux pieds les piles de bois pourrir puis se déformer

mais dites-moi quelle flèche en sortira?


Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Retour au Top