Incinération, Dominique Pagnier
Poèmes

Incinération

par Dominique Pagnier

Quand sa fenêtre est ouverte, elle entend des pas dans la ruelle puis plus rien.

Attendant qu'elle apparaisse peut-être, il se tient immobile. Ses ailes d'Annonciateur, repliées sous sa capote de vaguemestre, sont noircies par la poudre à canon. Un soleil
clair chauffe un à un les fils d'or de ses galons.

Très loin grondent les tambours voilés d'un orage sec d'été qui ne veut pas crever. Le vent remue la statuaire des nuages ; les trompettes du liseron tremblent dans le
grillage.

Si légère est la lettre qui tombe dans la boîte de fer que n'y prend garde la bien-aimée. Elle s'oublie à des pensées sur des anges qui ne veulent pas de son
sang.

L'autre attend sa réponse pendant vingt ans, après quoi, fou de rage, il brûle la rose de carton, l'anneau d'os et le fragment d'hymen, les boucles mortes et le ruban d'honneur.
Et tout n'est plus qu'amour incinéré selon les lois sublimes de la thermodynamique.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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