Grand Sang sans Merci, Aime Césaire
Poèmes

Grand Sang sans Merci

par Aime Césaire

Aimé Césaire

du fond d'un pays de silence

d'os calcinés de sarments brûlés d'orages de cris retenus

et gardés au museau

d'un pays de désirs irrités d'une inquiétude de branches

de naufrage à même (le sable très noir ayant été gavé de

silence étrange

à la recherche de pas de pieds nus et d'oiseaux marins)

du fond d'un pays de soif

où s'agripper est vain à un profil absurde de mât totem et

de tambours

d'un pays sourd sauvagement obturé à tous les bouts

d'un pays de cavale rouge qui galope le long désespéré

des lès de la mer et du lasso des courants les plus perfides

Défaite
Défaite désert grand

où plus sévère que le
Kamsin d'Egypte

siffle le vent d'Asshume

de quelle taiseuse douleur choisir d'être le tambour et de qui chevauché de quel talon vainqueur vers les bayous étranges

gémir se tordre

crier jusqu'à une nuit hagarde à faire tomber

la vigilance armée

qu'installa en pleine nuit de nous-mêmes

l'impureté insidieuse du vent



Poème publié et mis à jour le: 13 novembre 2012

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