Dans le Verger..., Francis Jammes
Poèmes

Dans le Verger...

par Francis Jammes

Dans le
Verger où sont les arbres de lumière,
La pulpe des fruits lourds pleure ses larmes d'or,
Et l'immense
Bagdad s'alanguit et s'endort
Sous le ciel étouffant qui bleuit la rivière.

Il est deux heures.
Les palais silencieux
Ont des repas au fond des grandes salles froides
Et
Sindbad le marin, sous les tentures roides,
Passe l'alcarazas d'un air sentencieux.

Mangeant l'agneau rôti, puis les pâtes d'amandes,
Tous laissent fuir la vie en écoutant pleuvoir
Les seaux d'eau qu'au seuil blanc jette un esclave noir.
Les passants curieux lui posent des demandes.

C'est
Sindbad le marin qui donne un grand repas!
C'est
Sindbad, l'avisé marin dont l'opulence
Est renommée et que l'on écoute en silence.
Sa galère était belle et s'en allait là-bas!

Il sent très bon, le camphre et les rares arômes.
Sa tête est parfumée et son nez aquilin
Tombe railleusement sur sa barbe de lin :
Il a la connaissance et le savoir des hommes.

Il parle, et le soleil oblique sur
Bagdad
Jette une braise immense où s'endorment les palmes,
Et les convives, tous judicieux et calmes, Écoutent gravement ce que leur dit
Sindbad.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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