Christophe Colomb, Jacques Delille
Poèmes

Christophe Colomb

par Jacques Delille

Eh ! qui du grand
Colomb ne connaît point l'histoire,
Lui dont un nouveau monde éternisa la gloire ?
Illustre favori du maître du trident,
L'heureux
Colomb voguait sur l'abîme grondant ;
Sa nef avait franchi les colonnes d'Alcide;
Les phoques, les tritons, la jeune néréide.
Voyaient d'un œil surpris ces drapeaux, ces soldats,
Ces bronzes menaçants, cette forêt de mâts,
Et ces hardis vaisseaux, flottantes citadelles, À qui les vents vaincus semblaient céder leurs ailes :
Depuis six mois entiers ils erraient sur les eaux ;
Dépourvus d'aliments, épuisés de travaux.
Les matelots sentaient défaillir leur courage,
Et d'une voix plaintive imploraient le rivage.
Mille maux à la fois leur présagent leur fin.
Et la contagion se ligue avec la faim.
Pour comble de malheurs, sur l'océan immense
Les airs sont en repos, les vagues en silence :
Dans la voile pendante aucun vent ne frémit ;
Et dans ce calme affreux dont le nocher gémit,
L'oreille n'entend plus, durant la nuit profonde.
Que le bruit répété des morts tombant dans l'onde.
Plusieurs au haut des mâts interrogent de loin
Les terres et les mers sourdes à leur besoin ;

Rien ne paraît : des cœurs un noir transport s'empare

(Lorsqu'il est sans espoir, le malheur rend barbare) ;

Tous fondent sur leur chef : à son poste arraché,

Au pied du plus haut mât
Colomb est attaché.

Cent fois de la tempête il défia la rage ;

Mais qu'opposera-t-il à ce nouvel orage ?

Sans changer son destin l'astre du jour a lui ;

De farouches regards errent autour de lui :

Inutiles fureurs pour son âme intrépide !

La mort, l'affreuse mort n'a rien qui l'intimide.

Mais avoir vainement affronté tant de maux !

Mais mourir près d'atteindre à des mondes nouveaux!

Ce grand espoir trompé, tant de gloire perdue.

Plus que tous les poignards, voilà ce qui le tue.

Sur ce cœur que déjà déchire le regret,

Le fer enfin se lève, et le trépas est prêt :

Plus d'espoir.
Tout à coup de la rive indienne

Un air propice apporte une odorante haleine ;

Il sent, il reconnaît le doux esprit des fleurs ;

Tout son cœur s'abandonne à ces gages flatteurs ;

Un souffle heureux se joint à cet heureux présage.

Alors avec l'espoir reprenant son courage :

«
Malheureux compagnons de mon malheureux sort,

Vous savez si
Colomb peut redouter la mort;

Mais si, toujours fidèle au dessein qui m'anime.

Votre chef seconda votre âme magnanime ;

Si pour ce grand projet je bravai comme vous,

Et l'horreur de la faim, et les flots en courroux,

Encor quelques moments ; je ne sais quel présage

À cette âme inspirée annonce le rivage.

Si ce monde où je cours fuit encor devant nous,

Demain tranchez mes jours, tout mon sang est à vous. »

À ce noble discours, à sa mâle assurance,

À cet air inspiré qui leur rend l'espérance,

Un vieux respect s'éveille au cœur des matelots ;

Ils ont cru voir le dieu qui maîtrise les flots :

Soudain, comme à sa voix les tempêtes s'apaisent,

Aux accents de
Colomb les passions se taisent.

On obéit, on part, on vole sur les mers ;
La proue en longs sillons blanchit les flots amers.
Enfin des derniers feux quand l'Olympe se dore,
Et brise ses rayons dans les mers qu'il colore,
Le rivage de loin semble poindre à leurs yeux.
Soudain tout retentit de mille cris joyeux.
Les coteaux par degrés sortent du noir abîme,
De moment en moment les bois lèvent leur cime,
Et de l'air embaumé que leur porte un vent frais,
Le parfum consolant les frappe de plus près.
On redouble d'efforts, on aborde, on arrive;
Des prophétiques fleurs qui parfument la rive
Tous couronnent leur chef, et leurs festons chéris,
Présages des succès, en deviennent le prix.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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