Christine, Charles Marie Rene Leconte de Lisle
Poèmes

Christine

par Charles Marie Rene Leconte de Lisle

Une étoile d'or là-bas illumine
Le bleu de la nuit, derrière les monts.
La lune blanchit la verte colline :
- Pourquoi pleures-tu, petite Christine ?
Il est tard, dormons.
- Mon fiancé dort sous la noire terre,
Dans la froide tombe il rêve de nous.
Laissez-moi pleurer, ma peine est amère
Laissez-moi gémir et veiller, ma mère :
Les pleurs me sont doux.
La mère repose, et Christine pleure,
Immobile auprès de l'âtre noirci.
Au long tintement de la douzième heure,
Un doigt léger frappe à l'humble demeure :
- Qui donc vient ici ?
- Tire le verrou, Christine, ouvre vite :
C'est ton jeune ami, c'est ton fiancé.
Un suaire étroit à peine m'abrite ;
J'ai quitté pour toi, ma chère petite,
Mon tombeau glacé.
Et coeur contre coeur tous deux ils s'unissent.
Chaque baiser dure une éternité :
Les baisers d'amour jamais ne finissent.
Ils causent longtemps, mais les heures glissent,
Le coq a chanté.
Le coq a chanté, voici l'aube claire
L'étoile s'éteint, le ciel est d'argent.
- Adieu, mon amour, souviens-toi, ma chère !
Les morts vont rentrer dans la noire terre,
Jusqu'au jugement.
- Ô mon fiancé, souffres-tu, dit-elle,
Quand le vent d'hiver gémit dans les bois,
Quand la froide pluie aux tombeaux ruisselle ?



Poème publié et mis à jour le: 16 novembre 2012

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