Poèmes

Apothéose

par Aime Césaire

Aimé Césaire

A la quête de mes pas

dans la chaleur du temple mal circonscrit d'une cicatrice

cette distance qui toujours s'accroît

la mauvaise herbe de ma lumière

tout ce que j'ai pu ronger de mur (diaphragme à chaque

point du jour que fait l'holothurie)

minute il me tombera des pépites et des nids d'hirondelle il me tombera une vague de crotales et d'escarbilles il me tombera cet étui où je cache ma dent de sagesse

ce paquet de feuilles qui m'empêche d'entendre dans le

camouflage féroce de ma sueur indivise

lorsque l'on gaule des noix dans les champs toujours bleus

des terres importées par le déluge

dans un semis de cloaques

parmi les enfants de chœur de la moraine

sous les dagues de nacre dont on marque les fronts et les

cornes de l'éther qui chantent jusqu'aux prunelles

II en tombera un gâteau de tsé-tsé pour le
Te-Deum

une carcasse couchée dans le sable

une aigle impériale des menottes un collier de verroterie

il en tombera assez pour faire monter le cours de la
Tamise

et un cacatoès pour le pape
Il en tombera toujours quelque chose un indicateur de police un sacristain un poteau téléphonique un clou de girofle

Allons-y pour l'oraison d'une poussière de calcédoine pour la feuille morte pour la rive buissonnière d'un sang mal dissout pour les faunes réinventées à la
mauvaise chandelle du tigre qui brûle tant bien que mal à partir de l'empreinte

Il en tombera un hareng-saur

Pourquoi espèce de nom d'un scrupule ne pas faire suer et resuer le temps placide pour qu'il en tombe tous les pots de vin de notre sang sur la terre enfin saoule et la parole bien claire
son tonnerre



Poème publié et mis à jour le: 13 novembre 2012

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