Poèmes

A Quoi Rêvent les Jeunes Filles - Théâtre

par Alfred de Musset

Alfred de Musset

Acte I. Scène . — Ninon, Ninette.

NINON

Cette voix retentit encore à mon oreille.

NINETTE

Ce baiser singulier me fait encor frémir.

NINON

Nous verrons cette nuit; il faudra que je veille.

NINETTE

Cette nuit, cette nuit, je ne veux pas dormir.

NINON

Toi dont la voix est douce, et douce la parole, Chanteur mystérieux, reviendras-tu me voir? Ou, comme en soupirant l'hirondelle s'envole, Mon bonheur fuira-t-il, n'ayant duré qu'un
soir?

NINETTE

Audacieux fantôme à la forme voilée, ' Les ombrages ce soir seront-ils sans danger? Te reverrai-je encor dans cette sombre allée, Ou disparaîtras-tu comme un chamois
léger?

NINON

L'eau, la terre et les vents, tout s'emplit d'harmonies. Un jeune rossignol chante au fond de mon cœur. J'entends sous les roseaux murmurer des génies... Ai-je de nouveaux sens
inconnus à ma sœur?

NINETTE

Pourquoi ne puis-je voir sans plaisir et sans peine Les baisers du zéphyr trembler sur la fontaine, Et l'ombre des tilleuls passer sur mes bras nus? Ma sœur est une enfant, — et
je ne le suis plus.


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