Poèmes

Vie et Mort a Singapour

par Jean Orizet

Avec des échafaudages de branches, ils construisent des gratte-ciel. Le linge y sèche à des hampes de drapeaux, quotidienne célébration de la propreté nationale.
N'empêche: Singapour sent l'eau usée, mais aussi le porc grillé, le poisson séché, le gingembre et la citronnelle.

Le soir, dans les échoppes en plein air d'Albert Street, les crevettes le disputent en grosseur aux cuisses de grenouilles frites sous les lueurs d'acétylène. Des marins à
l'énorme appétit viennent là pour tout engloutir, avant de rejoindre leurs cargos, par dizaines ancrés dans la rade. Ballet des cyclo-pousse et des voitures qui les
frôlent. Presque impossible d'être piéton dans cette ville où les égouts remplacent les trottoirs. De temps à autre, un Chinois saute par la fenêtre de son
deux-pièces, au dixième étage d'une HLM où il a été relogé avec sa famille, attiré par le fumet des nouilles frites qui monte de Chinatown, et
poussé par la nostalgie de la bicoque en bois peint où il était heureux de vivre.


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