Poèmes

Une Voix dans la Discussion sur la Pornographie

par Wisława Szymborska

Il n’est pas de débauche pire que la pensée.
C’est une sale graine qui sème à tout vent,
sur nos plates-bandes faites pour des marguerites.

Il n’y a rien de sacré pour ces coquins qui pensent.
Désignations osées des choses par leur nom,
licencieuses analyses, grivoises synthèses,
chasse dévergondée aux faits tout nus,
tripatouillage obscène des sujets délicats,
le frai des opinions, voilà ce qui les allume.

En plein jour, ou alors sous le couvert de la nuit,
accouplements, triolismes, ou alors tous en rond.
Peu leur importe l’âge et le sexe des partenaires.
Leurs yeux brillent, leurs joues s’enflamment.
L’ami entraîne l’ami dans la déchéance.
Filles indignes pourrissent leur propre père.
La petite sœur jetée dans le stupre par son frère.

Ils affectionnent d’autres fruits
de l’arbre des connaissances interdites,
que les fesses roses qu’on voit dans les magazines,
toute cette pornographie simplette, en fin de compte.
Les livres qui les excitent ne sont guère illustrés,
et pour toute distraction n’arborent que ces phrases
très spéciales, marquées à l’ongle, ou au crayon.

Pure horreur! Dans quelles positions,
avec quelle simplicité scabreuse,
un esprit parvient à en féconder un autre !
Jusqu’au Kamasutra qui ignore ces postures.

Lors de ces saillies le thé seul est en chaleur.
On reste sur sa chaise, en remuant les lèvres.
On ne croise jamais que ces deux jambes à soi.
De cette manière un pied touche le sol
tandis que l’autre ballotte librement dans l’air.
De temps à autre seulement
quelqu’un se lève et va à la fenêtre,
et, par un trou dans le rideau
mate la rue.



Poème publié et mis à jour le: 28 juin 2019

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