Poèmes

Traite D'esthétique

par Jean Tardieu

Jean Tardieu

Une peinture en mouvement qui tourne autour d'un objet immobile et masqué

Des transparences qui deviennent, opaques en chantant avec une voix d'enfant

Une musique invisible et silencieuse qui vous donne mauvaise conscience

Une montagne de ficelles embrouillées et pleines de fourmis

Des colonnades de vaisselle sale, les splendeurs de la pollution

Les surfaces rampantes qui se gonflent ei fument dangereusement

Des rêves provoqués par une équipe (un analyste, un peintre, un chimiste, un poète, un policier, un masseur) pour ouvrir les coffres et les crânes.

Des véhicules inhabitables, des monuments qui pensent pour tout le monde avant de nous dévorer.

Un tableau qui s'efface si on le regarde (ou qui se transforme en murmure)

Des rires qui soulèvent des orages, des méditations stupides qui s'effondrent et ensevelissent des peuples entiers

Un souvenir qui déforme le visage à la vitesse du vent.

Une voix monotone que l'on ne peut arrêter

car elle habite les cloisons
Un théâtre permanent aux dimensions d'une

capitale, posé sur de vrais

tremblements de terre
Un bain d'où l'on sort rajeuni, mais dépouillé

de toute chair

La barbarie dans le velours, les excréments sur le parvis des temples (ils se déroulent et deviennent cobras)

Un miroir qui se referme sur une femme et la déguste lentement

L'avenir qui se retourne tout à coup et consume le promeneur.

Un parfum pénétrant qui est la clé —

mais que l'on perd
Une tombe qui vient toute seule quand

on l'appelle
Un soupir inconnu une horloge abandonnée

aux corbeaux

Le soleil qui s'éteint sur la mer et ne remontera jamais plus.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Nous Suivre sur

Retour au Top