Tout Seul, Emile Verhaeren
Poèmes

Tout Seul

par Emile Verhaeren

Nœuds tordus comme un supplice, flèches dardées comme des peines, croix larges comme des souffrances, tenailles titanisées comme des angoisses, clous parmi le sang,
épines dans le crâne ; oh ! la passion totale à travers mon désir de crier, de pleurer, de mordre et de mourir avec de la rage, de l'amour, de la bonté, de la terreur
et du pardon ; la passion totale, en ma chair et mon âme, et surtout ni Dieu, ni ciel, ni rien - rien ! si ce n'est qu'une plaine vide, avec ses mares mirantes pour refléter et les
épines et les clous et les tenailles et les croix et les flèches et moi-même, tout seul, infiniment, là-bas !

Il y aura des oiseaux qui boiront ma torture et des becs et des griffes et des ailes criantes et grinçantes, et des lunes qui verdiront mon agonie et des étoiles hostiles et fixes, et
des feux nocturnes dans la bruyère, des feux ! et peut-être de grands bergers rêveurs, pierres de vieillesse et de solitude, fous immobiles, hallucinés d'astres et qui me
regarderont finir sans un cri, sans un geste, sans une larme, au fond de la plaine vide, avec ses mares mirantes pour refléter et les épines et les clous et les tenailles et les croix
et les flèches et moi-même, tout seul, infiniment, là-bas.

A toi, vieil hibou de la mort, perché sur ta colonne de fer, les pattes serrées, les yeux mi-clos, nocturnement, à toi!



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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