Vers le Cloitre, Emile Verhaeren
Poèmes

Vers le Cloitre

par Emile Verhaeren

Je rêve une existence en un cloître de fer,
Brûlée au jeûne, et sèche et râpée aux cilices.
Où l'on abolirait, en de muets supplices,
Par seule ardeur de l'âme enfin, toute la chair.

Sauvage horreur de soi si mornement sentie !
Quand notre corps nous boude et que nos nerfs, la nuit,
Rivent sur nos vouloirs leurs cagoules d'ennui,
Et les plongent dans la fièvre ou l'inertie.

Dites, ces pleurs, ces cris et cette peur du soir !
Dites, ces plombs de maladie en tous les membres,
Et la toute torpeur des torpides novembres
Et le dégoût de se toucher et de se voir ?

Et les mauvaises mains tatillonnes de vice
Encor et lentement cherchant, sur les coussins,
Et des toisons de ventre, et des grappes de seins
Et les tortillements dans le rêve complice ?

Je rêve une existence en un cloître de fer,
Brûlée au jeûne, et sèche et râpée aux cilices,
Où l'on abolirait, en de muets supplices,
Par seule ardeur de l'âme enfin, toute la chair.

Et s'imposer le gel des sens, quand le corps brûle ;
Et se tyranniser et se tordre le cœur, —
Hélas ! ce qui en reste — et tordre, avec rancœur,
Jusqu'au regret d'un autrefois doux et crédule.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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