Poèmes

Sub Urbe

par Paul Verlaine

Paul Verlaine

Les petits ifs du cimetière
Frémissent au vent hièmal,
Dans la glaciale lumière.

Avec des bruits sourds qui font mal.
Les croix de bois des tombes neuves
Vibrent sur un ton anormal.

Silencieux comme des fleuves,

Mais gros de pleurs comme eux de flots.

Les fils, les mères et les veuves,

Par les détours du triste enclos
S'écoulent, — lente théorie, —
Au rythme heurté des sanglots.

Le sol sous les pieds glisse et crie,
Là-haut de grands nuages tors
S'échevèlent avec furie.

Pénétrant comme le remords,

Tombe un froid lourd qui vous écœure

Et qui doit filtrer chez les morts,

Chez les pauvres morts , à toute heure

Seuls, et sans cesse grelottants,

Qu'on les oublie ou qu'on les pleure ! —

Ah ! vienne vite le
Printemps,
Et son clair soleil qui caresse,
Et ses doux oiseaux caquetants !

Refleurisse l'enchanteresse
Gloire des jardins et des champs
Que l'âpre hiver tient en détresse !

Et que — des levers aux couchants —
L'or dilaté d'un ciel sans bornes
Berce de parfums et de chants.

Chers endormis, vos sommeils mornes !



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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