Statue de Lafcadio Hearn, Aime Césaire
Poèmes

Statue de Lafcadio Hearn

par Aime Césaire

Sans doute est-il absurde de saluer cette poussée en plein

océan

restée debout à la verticale parmi les griffures du vent

et dont le cœur à chaque battement déclenche

un délire vrai de lianes.
Grande phrase de terre sensuelle

si bégayée aux mornes ! «
Et qui, qui veut » entendais-je

hurler une voix sans dérision « en boire

de l'Ame d'Homme?
De l'Esprit

de
Combat ?
De l'Essence par quoi qui tombe tombe pour

se relever ?
Du
Meneur de
Cœurs ?
Du
Briseur

de l'Enfer? »
Alors alors ma vue tarière força

et la vision pondit ses yeux sans rémission :

Yé grimpa au palmier

Nanie-Rosette mangeait sur un rocher

le diable volait autour

oint de graisse de serpent

d'huile des trépassés

un dieu dans la ville dansait à tête de bœuf

des rhums roux couraient de gosier en gosier

aux ajoupas l'anis se mêlait à l'orgeat

aux carrefours s'accroupissaient aux dés et sur les doigts

dépêchaient des rêves

des hommes couleur tabac

dans les ombres aux poches de longs rasoirs dormaient

des rhums roux couraient de gosier en gosier mais aucun aucun qui formidable fît réponse et sa muqueuse prêtât à la morsure des guêpes

O questionneur étrange

je te tends ma cruche comparse le noir verbe mémorant
Moi moi moi car de toi je connus que ta patience fut faite de la cabine de commandement d'un corsaire démâté par l'orage et léché d'orchidées



Poème publié et mis à jour le: 13 novembre 2012

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