Poèmes

Poesie

par Emile Verhaeren

Non, mon âme jamais de toi ne s'est lassée !

Au temps de juin, jadis, tu me disais : *
Si je savais, ami, si je savais

Que ma présence, un jour, dût te peser,
Avec mon pauvre cœur et ma triste pensée

Vers n'importe où, je partirais. »
Et doucement ton front montait vers mon baiser.

Et tu disais encor : «
On se déprend de tout et la vie est si pleine !
Et qu'importe qu'elle soit d'or

La chaîne
Qui lie au même anneau d'un port
Nos deux barques humaines ! »
Et doucement tes pleurs me laissaient voir t

Et tu disais,
Et tu disais encore : «
Quittons-nous, quittons-nous, avant les jours mauvais.
Notre existence fut trop haute

Pour se traîner banalement de faute en faute. »

Et tu fuyais et tu fuyais
Et mes deux mains éperdument te retenaient.

Non, mon âme jamais de toi ne s'est lassée.

Lorsque tu fermeras mes yeux à la lumière,
Baise-les longuement, car ils t'auront donné
Tout ce qui peut tenir d'amour passionné
Dans le dernier regard de leur ferveur dernière.

Sous l'immobile éclat du funèbre flambeau,
Penche vers leur adieu ton triste et beau visage
Pour que s'imprime et dure en eux la seule image
Qu'ils garderont dans le tombeau.

Et que je sente, avant que le cercueil se cloue,
Sur le lit pur et blanc se rejoindre nos mains
Et que près de mon front sur les pâles coussins,
Une suprême fois se repose ta joue.

Et qu'après je m'en aille au loin avec mon cœur
Qui te conservera une flamme si forte
Que même à travers la terre compacte et morte
Les autres morts en sentiront l'ardeur !


Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Retour au Top