Poèmes

Place du Carrousel

par Jacques Prévert

Place du Carrousel

vers la fin d'un beau jour d'été

le sang d'un cheval

accidenté et dételé

ruisselait

sur le pavé

Et le cheval était là

debout

immobile

sur trois pieds

Et l'autre pied blessé

blessé et arraché

pendait

Tout à côté

debout

immobile

il y avait aussi le cocher

et puis la voiture elle aussi immobile

inutile comme une horloge cassée

Et le cheval se taisait

le cheval ne se plaignait pas

le cheval ne hennissait pas

il était là

il attendait

et il était si beau si triste si simple

et si raisonnable

qu'il n'était pas possible de retenir ses larmes.

Oh

jardine perdus

fontaines oubliées

prairies ensoleillées

oh douleur

splendeur et mystère de l'adversité

sang et lueurs

beauté frappée

Fraternité.



Poème publié et mis à jour le: 31 juillet 2019

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