Narcisse dans L'île de Vénus, Jacques de Malfilâtre
Poèmes

Narcisse dans L'île de Vénus

par Jacques de Malfilâtre

Amants heureux ! dans la nature entière,
Tout vous invite aux tendres voluptés :
Les yeux sur vous, la nocturne courrière,
D'un pas plus lent, marche dans sa carrière,
Et pénétrant de ses traits argentés
La profondeur des bosquets enchantés,
N'y répand trop ni trop peu de lumière.
Ce faible jour, le frais délicieux,
Le doux parfum, le calme des bocages,
Les sons plaintifs, les chants mélodieux
Du rossignol, caché sous les feuillages.
Tout, jusqu'à l'air qu'on respire en ces lieux,
Jette dans l'âme un trouble plein de charmes,
Tout attendrit, tout flatte, et de ses yeux.
Avec plaisir, on sent couler des larmes.

O belle nuit! nuit préférable au jour!
Première nuit à l'amour consacrée !
En sa faveur prolonge ta durée
Et du soleil retarde le retour.

Et toi,
Vénus, qui présides sans cesse À tous les pas de tes chastes enfants.
Qui les unis, sans témoins, sans promesse, (Précautions dont ces heureux amants
N'ont pas besoin pour demeurer constants),
Tendre
Vénus ! lorsque, sous tes auspices.
De tes plaisirs ils cueillent les prémices,
Descends, allume et rallume leurs feux,
Et dans leurs sens, invisible auprès d'eux,
Verse les flots de tes pures délices.

Applaudis-toi, grande divinité.

Applaudis-toi, contemple ton ouvrage :

D'un œil serein vois la félicité

De tant de cœurs qui te rendent hommage :

Vois cette scène et ces groupes épars.

Quel lieu jamais offrit à tes regards

De ton pouvoir un plus beau témoignage

Et du bonheur une plus vive image?

Où cependant, où ne portes-tu pas

Et le bonheur et l'innocente joie ?

En quelque endroit que se tournent tes pas.

Sur tous les fronts la gaîté se déploie ;

La paix te suit, les flots séditieux,

Quand tu parais, retombent et s'apaisent,

L'aquilon fuit, les tonnerres se taisent.

Et le soleil revient, plus tadieux,

Dorer l'azur dont se peignent les deux.

À ton aspect, la
Nature est émue;

En rugissant, le lion te salue;

L ours, en grondant, t'exprime ses plaisirs ;

L'oiseau léger te chante dans la nue ;

Et l'homme enfin, par la voix des soupirs,

Te rend honneur et t'offre ses désirs.

Rien ne t'échappe, et l'abîme des ondes

S'embrase aussi de tes flammes fécondes ;

Et sous tes traits, sous tes biûlants éclairs,

Pleins d'allégresse, en leurs grottes profondes,

Tu vois bondir tous les monstres des mers.
C'est toi pat qui sont les êtres divers,
C'est toi,
Vénus, qui rajeunis les mondes,
Et dont le souffle anime l'univers.

L'Olympe même éprouve ta puissance,
Et
Jupiter...
Mais que dis-je? et poutquoi
Parlé-je ici de ton empile immense ?
Mon zèle ardent m'emportait malgré moi
Faible mortel, je me tais devant toi.
Pour te louer, la meilleure éloquence
Est de sentir, de te suivre en silence
Et de cédet doucement à ta loi.
Deux jeunes cœurs, par un tendre délire,
T'honorent plus que les sons de ma lyre ;
Je la suspends moi-même à ton autel
Et me dévoue à ton culte immortel.

Transporte-moi parmi tes insulaires,

re-moi dans les réduits secrets
De leurs vallons, de leurs sombres forêts.
Je les verrai, ces rives étrangères ;
J'irai ttouver ces peuples fortunés,
Ces amants vrais, ces maîtresses sincères ;
J'irai chez vous, paisibles solitaires.
Jouir des biens qui vous sont destinés ; À votre suite, ô nymphes bocagères !
J'irai fouler les naissantes fougères.
Et, les cheveux de roses couronnés,
M'associer à vos danses légères.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

Lettre d'Informations

Abonnez-vous à notre lettre d'information mensuelle pour être tenu au courant de l'actualité de Poemes.co chaque début de mois.

Nous Suivre sur

Retour au Top