Lui de Faltenin - Théâtre, Guillaume Apollinaire
Poèmes

Lui de Faltenin - Théâtre

par Guillaume Apollinaire

Guillaume Apollinaire

Sirènes j'ai rampé vers vos
Grottes tiriez aux mers la langue
En dansant devant leurs chevaux
Puis battiez de vos ailes d'anges
Et j'écoutais ces chœurs rivaux

Une arme ô ma tête inquiète
J'agite un feuillard défleuri
Pour écarter l'haleine tiède
Qu'exhalent contre mes grands cris
Vos terribles bouches muettes

Il y a là-bas la merveille

Au prix d'elle que valez-vous

Le sang jaillit de mes otelles

A mon aspect et je l'avoue

Le meurtre de mon double orgueil

Si les bateliers ont ramé

Loin des lèvres à fleur de l'onde

Mille et mille animaux charmés

Flairent la route à la rencontre
De mes blessures bien-aimées

Leurs yeux étoiles bestiales
Eclairent ma compassion
Qu'importe ma sagesse égale
Celle des constellations
Car c'est moi seul nuit qui t'étoile

Sirènes enfin je descends
Dans une grotte avide
J'aime
Vos yeux
Les degrés sont glissants
Au loin que vous devenez naines
N'attirez plus aucun passant

Dans l'attentive et bien-apprise
J'ai vu feuilloler nos forêts
Mer le soleil se gargarise
Où les matelots désiraient
Que vergues et mâts reverdissent

Je descends et le firmament
S'est changé très vite en méduse
Puisque je flambe atrocement
Que mes bras seuls sont les excuses
Et les torches de mon tourment

Oiseaux tiriez aux mers la langue
Le soleil d'hier m'a rejoint
Les otelles nous ensanglantent
Dans le nid des
Sirènes loin
Du troupeau d'étoiles oblongues



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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