L'Image, Anna de Noailles
Poèmes

L'Image

par Anna de Noailles

Pauvre faune qui va mourir
Reflete-moi dans tes prunelles
Et fais danser mon souvenir
Entre les ombres eternelles.

Va, et dis â ces morts pensifs
A qui mes jeux auraient su plaire
Que je reve d'eux sous
Ies ifs
Ou je passe petite et claire.

Tu leur diras l'air de mon front
Et ses bandelettes de laine,
Ma bouche etroite et mes doigts ronds
Qui sentent l'herbe et le troene,

Tu diras mes gestes legers
Qui se deplacent comme l'ombre
Que balancent dans
Ies vergers
Les feuilles vives et sans nombre,

Tu leur diras que j'ai souvent
Les paupieres lasses et lentes,
Qu'au soir je danse et que le vent
Derange ma robe traînante,

Tu leur diras que je m'endors
Mes bras nus plies sous ma tete,
Que ma chair est comme de l'or
Autour des veines violettes ;


Dis-leur comme ils sont doux â voir
Mes cheveux bleus comme des prunes,
Mes pieds pareils â des miroirs
Et mes deux yeux couleur de lune,

Et dis-leur que dans les soirs lourds,
Couchee au bord frais des fontaines
J'eus le deşir de leurs amours
Et j'ai presse leurs ombres vaines...



Poème publié et mis à jour le: 12 juillet 2017

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