Le Jet D'eau et le Réservoir, Claude Joseph Dorat
Poèmes

Le Jet D'eau et le Réservoir

par Claude Joseph Dorat

Dans un parc dessiné d'après les meilleurs plans.
Un jet d'eau dans les airs s'élevait sous l'ombrage.

Et retombait à travers le feuillage
En perles, en rubis, en globules roulants.
Notre jet d'eau s'oublie, ainsi que c'est l'usage (On a vu, de tous temps, les sots se prévaloir) ;
Il insulte dans son langage
L'onde obscure du réservoir,

Qui subvenait à tout son étalage.
Vois, lui dit-il, ce pompeux appareil,
Si jusqu'à moi peut arriver ta vue ;
Vois ces gerbes d'argent dont s'enrichit la nue,
Et que j'oppose aux tayons du soleil. À quoi sets-tu, misérable eau dormante?
Quand je m'élève aux cieux, à mes pieds tu croupis ;

Ton voisinage me toutmente.
Et gâte bien souvent les lieux que j'embellis.
Comme il parlait, un des canaux se brise :
Au fond du réservoir, il s'entrouvre un chemin.
Et soudain
L'onde sourdit, décroît, coule et s'épuise ;
Vous eussiez vu les rubis s'exhalet,
Toutes les gerbes disparaître
Et les perles dégringoler.
Notre orgueilleux commence à se connaître :
Il baisse, il tombe, il ne peut plus aller.
Il est à sec.
Vous devinez peut-être
De ma fable quel est le sens :
Appauvrissez le peuple, adieu l'éclat des grands.



Poème publié et mis à jour le: 13 novembre 2012

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