Poèmes

Le Couplet Mystique du Cœur (Hommage a Feu Abdelkébir Khatibi)

par Maria Zaki

Ambassadeurs de mon cœur
Mes vers se délivrent
Mes mains lestées de leurs acquis
Tatouent sur ma peau
Des mots inégaux
Entre mes lignes d’encre
Tes arabesques s’ajoutent
Discrètement çà et là
A fleur de plume
Sous les vents chauds
Mon cœur aime tomber
Ses pétales fragiles
Et vaciller sous tes feuilles
Sans jamais regretter
Un seul élan vers toi !
Tourné vers moi
En un geste d’ouverture
Tu me regardes
Comme par grâce
Tu me re… et gardes
Dans une interaction infinie
Je m’éveille pour t’accueillir
Enfin mûre
Je sais la force de ta trace
Mais que de sens ignorais-je
Dans ton souvenir
Et ton ressouvenir !
Je ne nie pas ton influence
Elle nourrit mes secrets
Mes solitudes
Mes errances
Quand je me cristallise
Je me forme
Ou me brise !
Il ne s’agit plus d’apprendre
En confiance
Dans ton abri poétique
Il s’agit d’amadouer
L’irréversible
De laisser venir
En ouvrant l’œil
Vers l’au-delà
Il s’agit d’être regardante
Re… et gardante !
Tenant bien mon crayon
Je dessine ton visage
Sur le velours du silence
Puis une parole soudaine
Se détache de tes lèvres
Tu es vivant
M’écriè-je !
Je soulève les voiles du rêve
Et me cache sous tes paupières
Je sens une larme chaude
Ne pouvant plus capituler
Je devine le reste de ton corps
L’intrigue devient verbale
Son arcane m’échappe
Au-delà du permis
En deçà du soutenu
Impassible tu me dis :
Tant que je serai absent
Tu transcriras ma présence !
Au comble de mon
Apprentissage
Mon cœur coule
En ligne droite
Sur ton rivage
Tu me dis :
Fais attention
Aux limites fragiles
Entre l’Être et l’Avoir !
J’écoute ton conseil
Sans en saisir tout le sens
C’est l’effet de la distance
Car sur moi
Tu as mille et une
Longueurs d’avance
Faute de te suivre
Je tente de poursuivre
Le sens de ton Être
Mais est-ce que
Pour autant je suis ?
Je te dis :
Une petite indication de toi
Me comblera de joie
Un signe, une étincelle…
Sers-toi de mes sens
De mon âme
De mes songes
Et guide-moi !
Mais tu demeures
Invisible et silencieux
Je te vois à demi
En fermant les yeux
Mon esprit s’excite
Je m’emporte et je t’envahis
Puis je me fais toute petite
Aux portes du trépas
J’essaie la patience
Je ris de douleur
Je pleure de joie
Puis finis par me faire
Silence comme toi !
Comment ne pas osciller
Quand je dialogue avec
La présence de ton absence ?
Au-delà de toute identité
J’arpente les chemins
De la ressemblance
En pays étranger
Je casse mon miroir
Et blesse la main du rêve
Combien même
Je voudrais l’embrasser !
Je raconte mon rêve au rêve
Je déplie la caresse verbale
Et souligne le geste
D’une couleur complice
L’âme dans le cœur
Le cœur dans le corps
Je compte jusqu’à trois
Puis me lance
Dans un éclair de joie
Ma voix éteint le rêve
Mais sa lumière
Subsiste en moi !
Eclaire-moi sur
La rose des sables !
Demandai-je
Ta réponse fut :
Guette le caché
Dans le désert
Contemple le manifeste
Dans l’eau
Et entre les deux
Inscris tes propres pétales
Celles qui agissent
De derrière le voile !
Livrée à moi-même
Suis-je devenue Mystique ?
Oui et non
Malgré le devoir de l’oubli
Je te vois
Je t’ouïe
Et je te porte en moi !
Ibn ‘Arabi a dit :
La vie est un rêve à interpréter
Tu as ajouté :
Et à jouer
Avec et contre la mort !
J’ai demandé :
Et quelles sont les règles du jeu ?
Tu as répondu :
Chacun trouve les siennes
Ainsi va la vie
Ou peut-être
Ainsi vient la mort !
L’être Est
L’être s’en est allé !
L’épreuve d’endurance
De celui qui reste commence
Pour maintenir l’exigence
De s’accrocher à un astre
Au milieu de ce désastre
Ne faut-il pas marcher
Cesser de se dresser immobile
Dans l’inachèvement de l’être ?
La frontière est là
Peut-être !
Mais comment marcher
Loin de toi
Près de ma peine
Faire le reste du chemin
Auquel tu m’as initiée
Sans te réinventer ?
Je ne sais pas !
Mes silences sont chargés
De ta voix
Tout est signe de toi par-ci
Trace de toi par-là !
Je dis aux autres
Laissez-moi
Dans la nuit
Le travail de deuil
Est à ce prix
Je dois marcher seule !
Je ferme les yeux
Déjà rouge feu
Et là je te vois
Calme et souriant
En train de forger
A mon deuil ses clés !

Extrait de: 
Le velours du silence

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