Poèmes

La Paix des Sabres

par Henri Michaux

Henri Michaux

Sur le trajet d'une interminable vie de cahots et de coups, je rencontrai une grande paix.
Après des traverses et des revers, et encore en pleine défaite, je la rencontrai et plutôt elle était trop grande que pas assez.

Même une feuille dans une atmosphère parfaitement calme de fin d'après-midi bougeait à l'excès pour moi.

Le roc lui-même n'était pas solide à suffisance.

Par les passages sur lui de la lumière et de l'ombre, fâcheusement il se relâchait de la dureté intransigeante dont je caparaçonnais la nature entière.

Immobilité!
Immobilité!
Immobilité!
Tel était mon seul commandement.
Les vivants ne trouvaient pas grâce.
Loin de là.
C'étaient eux que je me sentais le plus impérieux besoin de fixer à jamais imperturbés.

Les lardant de sabres, de cimeterres, de rapières, je ne m'arrêtais pas avant que,

inflexibles, tout en lames, ils ne s'arrêtassent eux-mêmes.

Toute faiblesse résorbée, farouches, indici-blement farouches, ils entraient enfin dans une éternité qui ne pouvait plus rien contre eux.


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