La Magicienne, José-Maria de Heredia
Poèmes

La Magicienne

par José-Maria de Heredia

Amour

En tous lieux, même au pied des autels que j'embrasse,
Je la vois qui m'appelle et m'ouvre ses bras blancs. Ô père vénérable, ô mère dont les flancs
M'ont porté, suis-je né d'une exécrable race ?

L'Eumolpide vengeur n'a point dans
Samothrace
Secoué vers le seuil les longs manteaux sanglants,
Et, malgré moi, je fuis, le cœur las, les pieds lents.
J'entends les chiens sacrés qui hurlent sur ma trace.

Partout je sens, j'aspire, à moi-même odieux,
Les noirs enchantements et les sinistres charmes
Dont m'enveloppe encor la colère des
Dieux ;

Car les grands
Dieux ont fait d'irrésistibles armes
De sa bouche enivrante et de ses sombres yeux,
Pour armer contre moi ses baisers et ses larmes.



Poème publié et mis à jour le: 14 novembre 2012

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