Poèmes

La Légende des Amazones

par George Grote

Les Amazones, filles d’Arès et d’Harmonia sont à la fois d’anciennes créations et de fréquentes reproductions de l’antique épopée, qui, - nous pouvons le faire remarquer en général, s’occupait dans une large mesure et des exploits et des souffrances des femmes, ou héroïnes, épouses et filles des héros grecs, - et qui reconnaissait dans Pallas Athênê le type accompli d’une guerrière irrésistible. Une nation de femmes courageuses, vaillantes et infatigables, vivant séparées des hommes, ne se permettant que de courtes relations temporaires dans le but de renouveler leur nombre, et se brûlant le sein droit pour se mettre en état de tirer l’arc librement, - c’était à la fois un type général stimulant l’imagination des poètes, et un sujet éminemment populaire parmi les auditeurs. Concevoir des sociétés
d’Amazones comme ayant réellement existé dans un temps antérieur ne répugnait pas non plus à la foi de ces derniers, qui n’avaient pas pour se guider de faits régulièrement constatés ni d’autre type de crédibilité quant au passé que ces récits poétiques eux-mêmes. Aussi voyons-nous ces femmes guerrières reparaître constamment dans les anciens poèmes et être acceptées universellement comme des réalités du passé. Dans l’Iliade, quand Priam veut donner l’idée la plus frappante de la plus nombreuse armée dont il ait jamais fait partie, il nous dit qu’elle était rassemblée en Phrygia, sur les bords du Sangarios, dans le but de résister
aux formidables Amazones. Quand Bellerophôn doit être engagé dans une expédition périlleuse et mortelle par ceux qui désirent causer sa mort au moyen de voies indirectes, il est envoyé contre les Amazones. Dans l’Ethiopis d’Arctinus, décrivant la guerre post-homérique de Troie, Penthesileia, reine des Amazones, paraît comme l’alliée la plus puissante de la ville assiégée, et comme l’ennemie la plus formidable des Grecs ; elle ne succombe que sous la force invincible d’Achille. Les Argonautes trouvent les Amazones sur les bords du fleuve Thermodôn. dans leur expédition le long de la côte méridionale du Pont-Euxin. C’est dans ce même e
ndroit que va les attaquer Héraklès, accomplissant le neuvième travail que lui a imposé Eurystheus, dans le but de se procurer la ceinture de la reine des Amazones, Hippolytê; et on nous dit qu’elles n’avaient pas encore réparé les pertes subies dans cette rude attaque lorsque Thêseus les assaillit également, les défit et emmena leur reine Antiopè.

Elles vengèrent cette injure en envahissant l’Attique, - entreprise, comme Plutarque le fait remarquer avec raison, « ni insignifiante, ni féminine », surtout si, d’après l’assertion d’Hellenicus, elles traversèrent le Bosphore cimmérien sur la glace de l’hiver, en partant du côté asiatique du Palus Maeotis. Elles surmontèrent toutes le
s difficultés dans cette marche prodigieuse, et pénétrèrent jusque dans Athènes elle-même ; ce fut là, au cœur même de la ville, que fut livrée la bataille dans laquelle Thêseus les écrasa, bataille décisive, soutenue avec peine, et à un moment douteuse. Les antiquaires athéniens indiquaient avec confiance la position exacte des deux armées rivales : l’aile gauche des Amazones s’arrêta sur le lieu occupé par le monument commémoratif appelé l’Amazoneion ; l’aile droite touchait la Pnyx, endroit où plus tard furent tenues les assemblées publiques de la démocratie athénienne. Les détails, et les vicissitudes du combat, ainsi que le triomphe final et la trêve qui suivit, étaient racontés par ces auteurs avec une foi complète et avec autant de détails que la bataille de Platée par Hérodote. L’édifice funèbre appelé l’Amazoneion, la tombe ou colonne d’Antiopê près de la porte occidentale de la ville, - le lieu appelé Horkomosion, près du temple de Thêseus, - même la colline de l’Aréopage, et les sacrifices qu’il était d’usage d’offrir aux Amazones à la fête périodique des Thêseia, - étaient autant de souvenirs religieux de cette
victoire, qui, de plus, était un sujet favori et pour l’art de la peinture et pour celui de la sculpture, à Athènes, ainsi que dans d’autres contrées de la Grèce.
Il n’est pas de partie de l’épopée antéhistorique qui semble avoir pénétré plus profondément dans l’esprit national de la Grèce que cette invasion des Amazones et leur défaite. C’était non seulement un sujet constant pour les logographes, mais encore cet événement était ordinairement pris à témoin par les orateurs populaires avec Marathôn et Salamis, parmi ces antiques exploits dont leurs concitoyens pouvaient à bon droit être fiers. Il formait une partie de la foi rétrospective d’Hérodote, de Lysias, de Platon et Isocrate, et les chronologistes en fixaient la date exacte. Et cette croyance n’était pas non plus particulière aux Athéniens seuls. Dans beaucoup d’autres contrées de la Grèce, tant d’Europe que d’Asie, on trouvait les traditions et les souvenirs des Amazones. A Megara, à Trœzen, en Laconie,
près du cap Tenaros, à Cheroneian, en Béôtia. et dans plus d’un endroit de la Thessalia, on conservait les sépulcres ou monuments des Amazones. Les guerrières, disait-on, dans leur marche vers l’Attique. n’avaient pas traversé ces contrées sans laisser quelques preuves de leur passage

Extrait de: 
La Légende des Amazones, G Grote, 1864



Poème publié et mis à jour le: 18 aot 2018

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