Hiver, Michel Deguy
Poèmes

Hiver

par Michel Deguy

L'hiver comme une grange sonore les chiens s'y répondent.

Face morte du jardin ; et nous songeons que beaucoup sont en prison. De la terre plus vite que jamais le cœur épuise le tour.

Hiver, buisson de cendres. Sol mis à nu. Le clairvoyant hiver met la place au pur, borne d'une lice où peut avoir lieu entre la lumière et nous la reconnaissance. L'esprit
regarde, le monde est sa passion; il ne peut, ne sait, ne veut le quiller des yeux. Toute la terre notre idole, chiffre de sa profusion toute étalée, splendeur qui parle de soi.

Parfois les yeux chavirent en suivant le cœur où frappe soudain il ne sait encore quelle image, plus pâle qu'une flamme. Stagnante l'eau, mais l'arbre pousse.

Son imminence la mort; elle est le lendemain; pour tout sourire l'échéance, pour toute tendresse son revirement. Nous repassions par les mêmes sévices, par les mêmes
jours, comme on repasse par la même mer. En foule, gens de peau, et comme un animal en somme inlassable.

Ame injectée de sang, que veux-tu ce matin? Longuement de silence. Le jour de vie l'espace ne manquera pas. Nous aurons fait peau neuve et serons hommes autant que pierre l'épaule de
silex où ruissellera la rivière.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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