Dans L'Abri-Caverne, Guillaume Apollinaire
Poèmes

Dans L'Abri-Caverne

par Guillaume Apollinaire

Je me jette vers toi et il me semble aussi que tu te jettes

vers moi
Une force part de nous qui est un feu solide qui nous

soude
Et puis il y a aussi une contradiction qui fait que nous

ne pouvons nous apercevoir
En face de moi la paroi de craie s'effrite
Il y a des cassures
De longues traces d'outils traces lisses et qui semblent

être faites dans de la stéarine
Des coins de cassures sont arrachés par le passage des

types de ma pièce
Moi j'ai ce soir une âme qui s'est creusée qui est vide
On dirait qu'on y tombe sans cesse et sans trouver de

fond
Et qu'il n'y a rien pour se raccrocher
Ce qui y tombe et qui y vit c'est une sorte d'êtres laids

qui me font mal et qui viennent de je ne sais où
Oui je crois qu'ils viennent de la vie d'une sorte de vie

qui est dans l'avenir dans l'avenir brut qu'on n'a pu

encore cultiver ou élever ou humaniser
Dans ce grand vide de mon âme il manque un soleil

il manque ce qui éclaire
C'est aujourd'hui c'est ce soir et non toujours
Heureusement que ce n'est que ce soir

Les autres jours je me rattache à toi

Les autres jours je me console de la solitude et de toutes

les horreurs
En imaginant ta beauté
Pour l'élever au-dessus de l'univers extasié
Puis je pense que je l'imagine en vain
Je ne la connais par aucun sens
Ni même par les mots

Et mon goût de la beauté est-il donc aussi vain
Existes-tu mon amour
Ou n'es-tu qu'une entité que j'ai créée sans le vouloir
Pour peupler la solitude
Es-tu une de ces déesses comme celles que les
Grecs

avaient douées pour moins s'ennuyer
Je t'adore ô ma déesse exquise même si tu n'es que

dans mon imagination



Poème publié et mis à jour le: 12 juillet 2017

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