Conquistador, Paul Verlaine
Poèmes

Conquistador

par Paul Verlaine

Mon cœur est gros comme la mer
Pour avoir quitté l'être cher,
Gros comme elle et comme elle amer.
La mer, il faut que je la prenne,
Le cœur brave et l'âme sereine,
Bien que m'exilant de la reine".
M'exilant, mais pour revenir
Plus heureux, me dit l'avenir,
Encore que le souvenir...

Mais mon cœur est gros comme l'onde
Soulevée en masse profonde *,
Sein immense où s'endort le monde.
Or sans frayeur que d'être loin
De l'être si cher, et sans soin
Autre que son moindre besoin.

Je m'embarque par la tempête
Dans cette espérance inquiète
Du trésor dont je suis en quête.
Pour le lui rapporter gaiement
Or, argent, perle, diamant,
Avec mon cœur en supplémentc...

L'eau fait rage, la mer est grosse,
Terrible, et s'abaisse et se hausse.
Tantôt basse comme une fosse,
Tantôt s'érigeant en tombeau.
Tandis que, courageux et beau,
Le marin

lutte contre l'eau.
Mais pendantd l'ouragan sans trêve.
Bercé comme un enfant qui rêve,
Que la mer se creuse ou se lève.

Voyant en songe des tas d'or
Emplis d'infinis*' corridors,
Pour ma souveraine, je dors...



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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