Carmen Danse..., Prosper Mérimée
Poèmes

Carmen Danse...

par Prosper Mérimée

Toute la société était dans le patio, et, malgré la foule, je voyais à peu près tout ce qui se passait, à travers la grille.
J'entendais les castagnettes, le tambour, les rires et les bravos ; parfois j'apercevais sa tête quand elle sautait avec son tambour.
Puis j'entendais encore des officiers qui lui disaient bien des choses qui me faisaient monter le rouge à la figure.
Ce qu'elle répondait, je n'en savais rien.
C'est de ce jour-là, je pense, que je me mis à l'aimer pour tout de bon ; car l'idée me vint trois ou quatre fois d'entrer dans le patio, et de donner de mon sabre dans le ventre
à tous ces freluquets qui lui contaient fleurettes.
Mon supplice dura une bonne heure ; puis les bohémiens sortirent, et la voiture les ramena.
Carmen, en passant, me regarda encore avec les yeux que vous savez, et me dit très bas :


Pays, quand on aime la bonne friture, on en va manger à
Triana, chez
Lillas
Pastia.
Légère comme un cabri, elle s'élança dans la voiture, le cocher fouetta ses mules, et toute la bande joyeuse s'en alla je ne sais où.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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