Poèmes

Art Poétique

par Guillevic

Eugène Guillevic

I

Les mots, les mots
Ne se laissent pas faire
Comme des catafalques.

Et toute langue
Est étrangère.

II

Certes ce n'était pas à titre de supplique
La voix qui psalmodiait
Les secrets de la honte.

Il fallait que la voix,
Tâtonnant sur les mots.

S'apprivoise par grâce
Au ton qui la prendra.

III

Le cri du chat-huant,
Que l'horreur exigeait.

Est un cri difficile

A former dans la gorge.

Mais il tombe ce cri.
Couleur de sang qui coule,

Et résonne à merci

Dans les bois qu'il angoisse.

IV

Les mots qu'on arrachait,
Les mots qu'il fallait dire,

Tombaient comme des jours.

V

Si les orages ouvrent des bouches
Et si la nuit perce en plein jour.

Si la rivière est un roi nègre
Assassiné, pris dans les mouches.

Si le vignoble a des tendresses
Et des caresses pour déjà morts,


Il s'est agi depuis toujours
De prendre pied.

De s'en tirer

Mieux que la main du menuisier

Avec le bois.


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