Voyages, Paul Verlaine
Poèmes

Voyages

par Paul Verlaine

Paul Verlaine

Je voyageai dernièrement hors de
Paris.

Où ça ?
Bien loin, hélas, du marbre et des lambris

Pompeux, où j'ai depuis longtemps l'honneur de vivre
Mal et peu. —

J'y grisai mes yeux du plus fin cuivre
Et du plus rare argent des
Pays-Bas.
De l'or
De
France, non !
Car la
France est un fier trésor
De travail et, disons-le, de patriotisme,
D'or aussi, mais saint ; l'or de mon pays, — cet isthme
Vers l'Alsace et vers la
Lorraine, ô natal
Metz —
N'est pas pour mes besoins.

Donc, par monts tant famés.
Par vaux si renommés, par campagnes trop belles
Que l'amour du pays a faites immortelles.
Je rôdais, aimant, presque autant que mon pays,
Ces amis de là-bas, point de chez vous, faillis
A l'honneur militaire en dépit de vos forces.
Arbres réduits à rien en dépit des écorces
Diverses que donc le printemps vous flanque au dos,


Printemps, faiseur de guerre et leveur de rideaux !


Mais, j'oubliais, je ne parle que de voyages
Artistiques — et ceci n'est guère que gages
D'union fraternelle avec tous les pays.

Donc vivent
Belgique et
Hollande et que haïs

Soient tous les ennemis de la sainte
Alliance

Dont nous serions si bien, l'Allemagne et la
France.



Poème publié et mis à jour le: 15 novembre 2012

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